• Pour cette seconde rencontre, j'ai choisi de m'entretenir avec Lucie Brasseur, auteure française au sourire communicatif et (déjà) auteure de trois romans dont je vous parlerai plus loin. 


    Les entretiens du Film & du Papier #2 Lucie Brasseur

    Lucie est née dans les Yvelines en 1983, et, déjà enfant, elle a été bercée dans une atmosphère artistique et bohème entre un père artiste peintre et une mère voyageuse.

    Après avoir cotoyé la culture musicale afro-américaine au collège de Marciac, puis suivi des études littéraires (dont une maitrise de littérature brésilienne, sa deuxième patrie), elle a voyagé, vécu à l'étranger et créé deux entreprises, dont Twideco.Tv, première Webtv économique régionale à Orléans (où, d'ailleurs, elle crevait l'écran).

    Etant "boulimique de lecture, d'aventures, d'histoires et un rien hyperactive", son leitmotiv reste "si on n'essaie pas, on ne sait pas." Ce qui l'entraine finalement vers l'écriture. D'abord biographe d'entrepreneurs, elle écrit ensuite trois romans. Le premier, en 2014, Les Larmes Rouges du Citron Vert  (co-édition chez Bookly/Prisma Editions), puis Ganga en 2015 et enfin Il était une fois la Fée-Chabada, en 2016 (les deux chez YakaBooks Editions, le livre pour tous).

    J'ai personnellement lu son dernier roman, Il était une fois la Fée-Chabada. J'ai aimé la dimension étrange de ce conte sombre et original, orchestré par une écriture mature et réfléchie (dont je publierai bientôt la chronique). Je n'ai donc pu résister à inviter cette jolie et talentueuse personne à participer à la première saison des entretiens du Film & du Papier !


     Les Questions Rituelles


    DFDP : A chaque écrivain, son support d'encre. De votre côté, Lolvé, vous êtes plutôt "Clavier/Ecran" ou "Papier/Stylo ?

    Lucie B. : Clavier, sans aucun doute, mais toujours un cahier bleu interdit aux curieux à proximité.

    DFDP : Combien de temps réservez-vous, dans la journée, à l'écriture et quel est le moment le plus productif, pour vous, dans cette journée ?

    Lucie B. : Je n'ai pas de moments définis, j’écris par phases. Incapable d’être à autre chose qu’aux personnages qui me happent. Si vous vouliez me confier une mission dans l’intermédiaire, soyez assuré que je vais oublier. Mieux vaut s’assurer que je ne suis pas en phase d’écriture… avant de me demander un service !

    DFDP : Avez-vous une ambiance musicale particulière lorsque vous écrivez ? Ou préférez-vous le silence ?

    Lucie B. : Du jazz, de la musique brésilienne et un peu de classique entre les séances. Parce que les doigts ne s’agitent sur le clavier que lovés dans le silence total, mais que s’il n’y avait pas de musique je ne saurais respirer.

    DFDP : Vous êtes plutôt dictionnaire papier ou Google en cours d'écriture ?

    Lucie B. : Google évidemment mais le dictionnaire papier n’est jamais loin.



    Les entretiens du Film & du Papier #2 Lucie Brasseur Il était une fois, la fée Chabada.

    Dans son dernier roman, qui sort en librairies le 21 octobre 2016, Lucie Brasseur raconte l'histoire d'une jeune prostituée qui vend son corps la nuit et écrit des contes pour enfants le jour, jusqu'à cette soirée où tout bascule, lors d'une descente de police, et bouleverse son existence. Lucie Brasseur nous entraine habilement dans un monde clos, sur un territoire qui oscille entre la folie ordinaire et le désespoir des âmes enchaînées à un destin qui les étouffe. 

    Elle nous décrit des personnages perdus qui ont toutefois la force de tenter de retrouver leurs chemins en entrecroisant leurs routes respectives. 

    Un très bon moment de lecture qui vous étonnera par son originalité et par la qualité du scénario. 


    Les Questions Existentielles


    DFDP : Est-ce que le statut d'auteure, d'écrivain, de romancière, est un atout de séduction ? En avez-vous fait l'expérience ?

    Lucie B. : Les réactions sont toujours intéressantes. J’ai fait tellement de belles rencontres lors de la sortie de mon premier roman ! Ce qui est amusant c’est qu’elles finissent souvent par : "je devrais vous raconter ma vie, un vrai roman !" et parfois je dois avouer, je leur vole une anecdote ou deux qui viennent émailler les aventures de mes personnages. Mais chut, ne le dites à personne. Atout de séduction ? Je ne saurais dire, il paraît que je suis naïve sur les intentions de certains hommes qui me parlent. Mais c’est quelques jours avant la sortie du premier roman que j’ai rencontré l’homme qui partage ma vie. Lui aussi venait de sortir un livre. Visiblement le papier bouffant a fait scintiller la magie.

    DFDP : Quel conseil donneriez-vous à votre "Moi" d'il y a 15 ans ?

    Lucie B. : Chaque expérience te construit. N’en néglige aucune, bonne ou mauvaise, elles seront la matière première de tes futurs romans. Prends soin de toi et lis davantage ! (parce qu’on ne lit jamais assez).

    DFDP : Imaginez qu'un peu de magie vous permette d'intégrer, corps et âme, un roman que vous avez lu, en réincarnant l'un de ses personnages. Quel serait votre choix et pourquoi ?

    Lucie B. : Martin Eden (Jack London), je transpirerai dans sa blanchisserie, éreinterai mes phalanges aux murs couverts des nouveaux mots qu’il dévore. Martin Eden, c’est un peu moi.

    DFDP : Qu'évoque le mot Ecrire pour Vous ?

    Lucie B. : Ecrire, c’est vivre et rêver une marche au dessus de la réalité. Umberto Eco le résume très bien : "Ceux qui ne lisent pas n'ont qu'une seule vie, les pauvres : la leur." C’est d’autant plus vrai pour ceux qui écrivent. Je peux escalader l’Everest ou partir sonder les fonds marins, je suis homme, femme, j’ai 80 ans et 8 à la fois. Ecrire, c’est jouer avec la magie de l’humanité.

    DFDP : Votre plus grand choc culturel ?

    Lucie B. : Le jazz. J’ai assisté à mon premier concert à l’âge de 10 ans : Oscar Peterson en trio. Depuis ma vie "n’a pas de sens si ça ne swingue pas" - référence au titre d’un standard de Duke Ellington.

    DFDP : Pouvez-vous nous parler (un tout petit peu) de votre prochain projet d'écriture ?

    Lucie B. : C’est bien trop tôt ! Je viens de terminer mon 3ème roman, Il était une fois la Fée-Chabada. Pour l’instant les personnages se bousculent, chacun tentant de décrocher le premier rôle de mon prochain opus. Mais je ne peux rien dire de plus, ou je serai contrainte de vous tuer…

    DFDP : Je préfère attendre comme un lecteur ordinaire !


     La Question Epicée


    DFDP : Un petit excercice auquel vont se livrer tous mes invités : Sauriez-vous écrire une phrase érotique à la première personne, en incluant 3 mots au choix dans cette liste : LIVRE, COUSSIN, PAPIER, STYLO, ENCRE, SOUFFLE, SILENCE, REVEIL, MELODIE, POMME, NUAGE, FEUILLE, ARBRE.

    Lucie B. : La nuit est sombre, profonde, quand je sens son corps se glisser entre mes draps. Sa chaleur me saisit, son souffle dans ma nuque me réchauffe. Les lames du plancher n’ont même pas grincé, le silence fait le plein. Il ne restera pas pour voir l’aube se lever. Il me prendra avant que l’astre roi n’illumine les cieux. Il me retournera, m’inondera et me laissera à mes personnages de papier, à mon clavier et à mes rêves de joie.

    DFDP : Magnifique.


    Les Questions Intrusives


    DFDP : Votre objet fétiche ?

    Lucie B. : Mon ordinateur ! Si la maison venait à brûler, la famille en sûreté, il n’y a que lui que j’emporterai.

    DFDP : Votre dernier roman lu ?

    Lucie B. : Le mystère Henry Pick  de David Foenkinos, simultanément avec Chatsworth Creek de Chris Loseus et Indomptable Angélique d’Anne et Serge Golon. Des registres et des types d’auteurs suffisamment variés pour enrichir et ne pas étouffer la petite voix qui me guide.

    DFDP : Votre dernier repas ?

    Lucie B. : Un morceau de gâteau au chocolat, je ne déjeune presque jamais.

    DFDP : Votre dernière colère ?

    Lucie B. : En colère, moi ? Jamais. A moins que l’on n’évoque les réactions d’un autre siècle au sujet des migrants ou de la manif’ pour tous. Je pense que je pourrais laisser le ton monter.

    DFDP : La dernière rencontre artistique qui vous a marquée ?

    Lucie B. : Franz Liszt. Je suis une enfant du jazz et de la musique du monde. La musique classique n’a pas mon oreille… Et pourtant en branchant France Musique, parfois, je reste bouche bée.

    DFDP : Votre film culte ?

    Lucie B. : Orfeu Negro de Marcel Camus (1959). Je peux le voir 200 fois sans me lasser.


    DFDP : Le mot de la fin ?

    Lucie B. : Merci ! Parce qu’on ne le dit jamais assez.


     

    Les entretiens du Film & du Papier #2 Lucie Brasseur

    POUR ALLER PLUS LOIN

    www.lucie-brasseur.com

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     (Crédit Photos | Ivan Franchet)


     Vous avez manqué le premier entretien ? c'est ici > #1 Lolvé Tillmanns

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  • Je l'avais annoncé sur Twitter, une nouvelle rubrique consacrée à des ITW d'auteurs littéraires est désormais ouverte sur le blog.

    Pour cette première saison, j'ai sélectionné 15 auteur(e)s qui ont suscité mon intérêt par leurs personnalités, leurs travaux et leurs actualités. Le concept de ces entretiens était de poser les mêmes questions à chacun de mes invités, lesquels ont joué parfaitement le jeu. Je les en remercie.

    J'espère que vous (re)découvrirez, au fil de ces rencontres, des auteurs qui, selon moi, méritent que l'on s'attarde sur leur travail.


    Les entretiens du Film & du Papier #1 Lolvé Tillmanns

    Pour inaugurer cette première saison, j'ai le plaisir de m'entretenir avec une auteure suisse, Lolvé Tillmanns

    Lolvé est genèvoise, elle a laissé derrière elle une vie confortable dans le marketing pour se consacrer entièrement à l'aventure de l'écriture et de la littérature.

    Ce prénom original a été inspiré à sa mère par le personnage de l'un des romans de Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein. Ce personnage, c'est Lola Valérie Stein. 

    Cette jolie trentenaire a déjà écrit et publié trois romans aux Editions Cousu Mouche, Les fils (2016), Rosa (2015) et 33, rue des Grottes (2014). Personnellement, je l'ai découverte grâce à ses Minuscules, des petits textes inspirés de la réalité quotidienne, intelligemment et finement brodés les uns aux autres. Elle les décrit d'ailleurs assez joliment comme des Polaroïds littéraires directement inspirés de la vie avec des gens dedans. J'ai eu un véritable coup de coeur pour cette auteure et l'approche "sociale" de son écriture. 

    C'est donc de façon naturelle que je l'ai invitée à répondre au questionnaire du Film et du Papier (DFDP) !


     Les Questions Rituelles


    DFDP : A chaque écrivain, son support d'encre. De votre côté, Lolvé, vous êtes plutôt "Clavier/Ecran" ou "Papier/Stylo ?

    Lolvé T. : Je prends des notes à la plume dans des petits carnets, mais lorsque j’écris vraiment, c’est toujours au clavier.

    DFDP : Combien de temps réservez-vous, dans la journée, à l'écriture et quel est le moment le plus productif, pour vous, dans cette journée ?

    Lolvé T. : C’est extrêmement variable. Je n’écris pas si je n’ai pas un minimum de trois heures devant moi et je préfère de loin en avoir six. Idéalement, je travaille de 8h à 14h.

    DFDP : Avez-vous une ambiance musicale particulière lorsque vous écrivez ? Ou préférez-vous le silence ?

    Lolvé T. : Chaque roman a ses musiques. En général, j'écoute des chansons que je connais extrêmement bien pour me mettre dans une certaine ambiance, sans pour autant être distraite.

    DFDP : Vous êtes plutôt dictionnaire papier ou Google en cours d'écriture ?

    Lolvé T. : J'utilise le Larousse, mais en version numérique !


    Les entretiens du Film & du Papier #1 Lolvé Tillmanns Les fils, Roman aux éditions Cousu Mouche (2016)

    Comme dans son dernier roman, qui parait ce mois-ci, Les fils, Lolvé Tillmanns écrit sur les gens. Elle écrit sur leurs émotions et tout ce qui les révèle dans leur véritable humanité, qu'elle soit colorée ou sombre.

    Elle va puiser dans leurs traumatismes, leurs douleurs cachées en proie à une résurgence torturée.Ce qui est sûr, c'est qu'elle nous offre une écriture vraie et percutante sur la nature humaine.

    C'est une sociologue des mots, dans chacun de ses romans, on trouve des femmes et des hommes avec des failles, des maux, un peu d'elle et de nous. 


    Les Questions Existentielles


    DFDP : Est-ce que le statut d'auteure, d'écrivain, de romancière, est un atout de séduction ? En avez-vous fait l'expérience ?

    Lolvé T. : Je pense que le succès rend séduisant, la littérature beaucoup moins.

    DFDP : Quel conseil donneriez-vous à votre "Moi" d'il y a 15 ans ?

    Lolvé T. : Dépêche-toi de t’aimer.

    DFDP : Imaginez qu'un peu de magie vous permette d'intégrer, corps et âme, un roman que vous avez lu, en réincarnant l'un de ses personnages. Quel serait votre choix et pourquoi ?

    Lolvé T. : Le Marlin, le poisson du Vieil homme et la mer d'Ernest Hémingway. Parce qu’il est libre.

    DFDP : Qu'évoque le mot Ecrire pour Vous ?

    Lolvé T. : Le travail.

    DFDP : Votre plus grand choc culturel ?

    Lolvé T. : Les toilettes de la campagne Chinoise...

    DFDP : Pouvez-vous nous parler (un tout petit peu) de votre prochain projet d'écriture ?

    Lolvé T. : Un Roméo et Juliette dans la campagne suisse.


     La Question Epicée


    DFDP : Un petit excercice auquel vont se livrer tous mes invités : Sauriez-vous écrire une phrase érotique à la première personne, en incluant 3 mots au choix dans cette liste : LIVRE, COUSSIN, PAPIER, STYLO, ENCRE, SOUFFLE, SILENCE, REVEIL, MELODIE, POMME, NUAGE, FEUILLE, ARBRE.

    Lolvé T. : Je le caresse du bout du stylo, je mouille sur le papier, je l’invite à pénétrer mon livre.

    DFDP : Défi réussi !


    Les Questions Intrusives


    DFDP : Votre objet fétiche ?

    Lolvé T. : La plume de ma grand-mère

    DFDP : Votre dernier roman lu ?

    Lolvé T. : Tante Rosa de Sevgi Soysal (Editions Intervalles)

    DFDP : Votre dernier repas ?

    Lolvé T. : Une moussaka macédonienne

    DFDP : Votre dernière colère ?

    Lolvé T. : Un type qui voulait me vendre une assurance.

    DFDP : La dernière rencontre artistique qui vous a marquée ?

    Lolvé T. : Cerise Rossier, artiste, comédienne et clown en devenir qui a magnifiquement interprété quelques extraits de mon dernier roman.

    DFDP : Votre film culte ?

    Lolvé T. : Fight club


    Avant de terminer cet entretien, je voudrais vous faire découvrir l'un de ses Minuscules, ces petites parenthèses de vies, ces Polaroïds. J'ai choisi le thème "Sur la route" avec Le Message. Je vous laisse apprécier : 

    Têtes penchées, on pianote dans le tram. On joue, on surfe, on twette, on like, on partage, on follow, on commente. Et on s’échange des messages. L’adolescente ne peut pas lâcher une seconde son portable sans qu’il se remplisse de mots. Elle répond vite, elle discute, simplement. Un homme de l’âge de son grand-père lit par-dessus son épaule. Le businessman jongle entre deux machines, jure entre ses dents, mauvaises nouvelles du marché. Et puis, elle. Elle a ouvert l’application, mais n’écrit pas encore. Elle fixe l’écran, son pouce tremble. Elle se lance : Mon amie, comment vas-tu ? Elle efface. Mon amie, tu me manques. Elle efface encore. Mon amie, que fais-tu ? Mon amie, j’aimerais te revoir. Elle regarde son téléphone de longues minutes, l’index suspendu au-dessus du bouton envoyer. Elle n’envoie pas. Pas encore. Elle aimerait d’autres mots. Des mots plus simples, des mots plus beaux. Sur une page, un écran ou du sable, c’est toujours aussi difficile. Difficile d’écrire des mots d’amour.

    Je trouve ce texte d'une saveur particulière. Merci à Lolvé pour la confiance qu'elle m'a témoignée, je vous invite à découvrir ses textes et romans sans plus attendre.

    DFDP : Le mot de la fin ?

    Lolvé T. : Fin !


     

    Les entretiens du Film & du Papier #1 Lolvé TillmannsPOUR ALLER PLUS LOIN

    www.lolvetillmanns.ch

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    Editions Cousu Mouche

    Emission Radio Entre nous soit dit (07/10/2016) - RTS.CH

     


     (Crédit Photos | Jay Louvion)


     

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